C’est un véritable abus de force qu’il y a eu vendredi dernier à Lambanyi, un quartier en banlieue de Conakry. Une femme dit à un militaire de ne pas se garer devant sa table de petit commerce et cela lui vaut non seulement deux jours de garde à vue à la CMIS de la cité Enco5, mais aussi une somme de 800 000 francs guinéens pour qu’elle soit libérée.
La femme est une jeune mère de trois enfants. Elle vend de la salade chaque soir au carrefour cimetière de Lambanyi. Alors qu’elle était sur place comme d’habitude pour son petit commerce, un militaire se gare devant sa table. Elle dit à ce dernier d’avancer pour libérer le passage aux clients. L’homme en tenue éclate de colère, descend de son engin roulant et commence à l’insulter. Ensuite il l’arrête et la fait détenir à la CMIS de la cité Enco5.
Pour sa libération, son époux, Mamadou Dardaye Diallo, a dû payer 800.000 francs guinéens. « la Guinée n’a que des bandits en tenue. Aussi bien dans la police que dans la gendarmerie et l’armée, il n’y que arnaqueurs. Depuis quand le fait de dire à un militaire de ne pas masquer la vue d’une table de petit commerce finit par valoir deux jours de détention à celui qui l’a dit. J’ai payé 800.000 francs guinéens pour que ma femme soit libérée. Elle a passé deux jours en détention dans l’injustice totale. Ça a été du calvaire pour moi pendant ces deux jours. Elle est mère de trois enfants et il fallait que je m’occupe seul des enfants. Ceux-ci pleuraient sans cesse », réagit le jeune.
Quant au militaire auteur de la mise en garde à vue de la jeune femme, il est très connu au carrefour cimetière de Lambanyi. D’ailleurs il habite quelque part dans la zone. C’est pourquoi l’époux se dit extrêmement surpris que « quelqu’un » qu’il connait ait « été méchant de la sorte envers sa femme ».
« Barry (nom de famille du militaire) n’a pas bien réfléchi avant d’agir. Récemment il a déménagé pour un autre lieu non loin d’ici. C’est moi même qui avais transporté ses bagages avec mon taxi. Comme je suis un conducteur de taxi, il m’avait pris en déplacement. Ici tout le monde le connait. Il vient passer quelques temps avec nous parfois. Je ne pensais pas qu’il me ferait ça un jour. Comme il est militaire, je croyais un protecteur pour nous ses petits et non un ennemi. Mais à partir de maintenant je le vois comme un ennemi et je ne vais plus jamais avoir à faire avec lui », ajoute-t-il.
L’interlocuteur voulait porter plainte contre le militaire pour abus de force. Mais par peur que la suite soit en sa défaveur, il a décidé de ne pas le faire. Il estime que dans un pays comme la Guinée, c’est « impossible pour un pauvre d’obtenir justice face à un homme en tenue ».









