L’ONG Protection Fille Femme de Guinée (PFFG) a tenu une table ronde ce samedi, 21 mai 2021 dans l’enceinte de l’école primaire « Le combattant ». Un établissement scolaire situé dans le quartier Gbessia. Le thème portait sur les mutilations génitales féminines. Les panélistes étaient entre autres Cécé Appolinaire Kolié, l’Adjudant Bernard Tinguinano et Hadja Awa Sanden. Ils ont expliqué en long et large l’une des formes de ces mutations génitales à savoir l’excision. Les exposés ont connu une forte présence des jeunes filles élèves.
Tout a commencé par deux prestations théâtrales. La première montre deux femmes malheureuses dans leurs foyers respectifs du fait de l’excision subie à l’enfance. L’une est morte en accouchant et l’autre ne ressent aucune envie sexuelle. Quant à la seconde prestation, elle fait cas d’une autre réalité dont la couche féminine est fréquemment victime surtout les jeunes filles. Il s’agit du harcèlement dans les milieux de travail.
Après les sketchs, les débats ont commencé. Le tout premier à prendre la parole à été Cécé Appolinaire Kolié, curé de la paroisse de Koloma. Il a abordé l’excision sous l’angle de l’islam et du christianisme. Une manière pour lui de rassurer le public que cette pratique considérée dans le monde d’aujourd’hui comme un fléau néfaste, ne serait pas une obligation religieuse.
« Le prophète (Mahomet PSL) aurait trouvé une femme qui pratiquait cette coutume en Arabie Saoudite. Il lui aurait dit « tu pratiques cela », elle aurait dit « oui! » Mais il aurait dit « pardon, ne le fais pas avec profondeur. Fais le légèrement pour ne pas causer trop de dégâts ». C’était une tolérance. Mais cette tolérance est devenue pour certains comme une prescription. Entre tolérance et prescription, je crois qu’il y a une nuance. Tolérer quelque chose ne veut pas dire la prescrire. Si par exemple le prophète dit qu’il tolère la polygamie, ça ne veut pas dire que c’est une obligation pour le musulman. La circoncision même des garçons dans notre religion n’est plus obligatoire, parce que nous avons changé de régime avec la nouveauté qu’apporte Jésus dans le nouveau testament. Dans ce nouveau testament Jésus dit « la religion de l’extérieur, la religion qui consiste en des pratiques extérieures, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. La religion qu’il nous recommande, c’est la religion du cœur parce que ce que la bouche dit vient de la profondeur du cœur », a expliqué le prêtre.
La deuxième a aborder le même sujet est une sage femme. Elle travaille au centre de santé de Gbessia port 1. Son intervention a porté sur quelques conséquences de l’excision.
« Ça ne fait que causer des dégâts à la maternité surtout quand une femme est mariée et qu’elle cherche à faire des enfants. Ça a beaucoup de côtes néfastes parce que si c’est un gros bébé, la femme va saigner jusqu’à rendre l’âme. Dans ce monde, on n’est pas fait de la même façon. Il y a des gens, même s’ils se blessent un tout petit peu, ils vont saigner énormément. Nous demandons à toutes les races, à toutes les ethnies de stopper la mutilation génitale féminine parce que ça fait mal aux femmes. Ce n’est pas l’incision que nous faisons ici, c’est l’excision parce qu’il faut enlever tout le clitoris. On enlève tout. Parfois quand on voit certaines femmes, on ne peut même pas savoir que ce sont des femmes parce qu’on coupe tout, les petites lèvres, le clitoris, les grandes lèvres, même la partie où les poils doivent apparaître, on ne la voit pas », a indiqué Hadja Awa Sanden.
L’Adjudant Bernard Tinguinano de la brigade de protection des personnes vulnérables, était aussi parmi les panélistes. D’après lui, si l’excision continue à être pratiquée dans le pays, c’est parce que: « les femmes qui pratiquent l’excision ne sont pas condamnées à une peine ferme. Jusqu’à maintenant on continue à les condamner par sursis. C’est pour vous dire que la justice elle-même encourage cette pratique. Nous, nous n’avons que quatre missions principales dans cette lutte. C’est de constater, rassembler les preuves, d’interpeller les auteurs et les livrer aux tribunaux. Notre travail s’arrête là ». L’autre aspect qui, selon lui, fait que l’on a du mal à en finir avec l’excision en Guinée, c’est l’hypocrisie dans la lutte contre le phénomène. « Nous qui discutons de cette question d’excision, quand vous venez dans nos familles, vous verrez que nos filles sont excisées. C’est ce qui fait qu’on tourne en rond. Nous les acteurs de la lutte, nous pratiquons nous mêmes l’excision », a-t-il dit.
Satisfaite de la qualité des débats, la président de l’ONG Protection Fille Femme de Guinée qui est l’organisatrice de la table ronde, a exprimé ses mots de circonstance.
« Les débats ont été très enrichissants. Les panélistes étaient à la hauteur. On a eu un prêtre, un sage femme, un agent de la police judiciaire, un agent de la gendarmerie. On a retenu des débats que l’excision n’est pas une pratique religieuse. Pour faire abonner l’excision, il faut mettre un certain nombre de mesures en place. C’est de faire la promotion des filles non excisées. Comme l’a dit le commandant de brigade de protection des personnes vulnérables, quand une fille, parmi ses copines, elle est la seule qui n’es pas excisée, elle ne sera pas à l’aise, elle est stigmatisée », a laissé entendre Benjamin Hélène, présidente de l’ONG Protection Fille Femme de Guinée.
L’évènement était une initiative de Global media campain en collaboration avec Plan Guinée. Il s’inscrit dans le cadre de la lutte contre les mutilations génitales de manière pacifique. C’est-à-dire à travers des campagnes de sensibilisations sur les conséquences des ces fléaux.









