Né le 6 décembre 2002 à Kouroussa, Mamady Fanta Berete a un parcours marqué par les arrestations, la torture et la clandestinité en raison de son engagement politique au sein de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Après avoir fui son pays le 18 juillet 2024, le jeune militant livre son témoignage à notre rédaction et demande officiellement la protection des autorités canadiennes, estimant que sa vie est gravement menacée en cas de retour.
Un engagement précoce dans le viseur du pouvoir
Fils de Lamine Berete et de Fanta TRAORE, Mamady Fanta Berete adhère à l’UFDG le 1ᵉʳ avril 2019, séduit par le projet de société de la formation politique oppositionnelle. Un an plus tard, en avril 2020, il intègre la cellule de communication du comité de base du secteur 1 (section de Ratoma), où il s’investit dans la mobilisation des militants.
Son premier revers judiciaire survient lors de la présidentielle contestée du 18 octobre 2020. Interpellé à la Tannerie (commune de Matoto) par des agents de la CMIS d’Enco 5, il est accusé de « trouble à l’ordre public » et d’« incitation à la haine ». Détenu pendant cinq jours sans assistance juridique, il n’obtient sa libération qu’après les démarches d’une avocate mandatée par l’UFDG et le versement d’une caution de deux millions de francs guinéens.

Clandestinité et retour des persécutions
La répit est de courte durée. À la suite des manifestations du FNDC contre l’investiture d’Alpha Condé, une interview accordée par le jeune homme à un média privé réactive son dossier. Un mandat d’arrêt est émis contre lui le 27 décembre 2020, suivi d’un avis de recherche le 15 avril 2021. Contraint de se cacher en Haute-Guinée, il vit dans la clandestinité jusqu’au coup d’État du 5 septembre 2021 mené par le Colonel Mamady Doumbouya.
Espérant une ouverture démocratique, il regagne Conakry. Mais les désillusions s’enchaînent rapidement sous la transition militaire.

Le 10 mai 2023, lors d’une mobilisation des Forces Vives de Guinée, il est arrêté une deuxième fois. Conduit au commissariat de Gbessia, puis placé sous mandat de dépôt à la Maison centrale de Conakry, il passe un mois et cinq jours en détention. Il y subira de mauvais traitements, des insultes et des actes de torture. Sa libération sera finalement négociée grâce à l’intervention de dignitaires religieux et au paiement d’une somme de trois millions de francs guinéens.
L’impasse et la fuite vers l’extérieur
Face à cet acharnement, le militant décide d’entamer des démarches pour quitter le pays. Le 26 septembre 2023, il s’inscrit dans un établissement d’enseignement au Canada en vue d’obtenir un visa d’études.
Pourtant, le rouleau compresseur sécuritaire le rattrape une nouvelle fois le 27 février 2024 lors de la grève générale déclenchée par les syndicats. Interpellé au Km36 alors qu’il porte un T-shirt aux couleurs de l’UFDG, il est conduit à la gendarmerie de Matam. Bilan : de nouvelles violences physiques subies et une libération négociée par sa famille contre le versement de quatre millions de francs guinéens.

Une demande d’asile au Canada
Dans un contexte socio-politique guinéen verrouillé — marqué par l’interdiction de manifester, la fermeture de plusieurs médias privés, les disparitions forcées d’acteurs de la société civile et les violations répétées des droits humains —, Mamady Fanta Berete obtient son visa canadien le 19 avril 2024. Il quitte discrètement la Guinée quelques semaines plus tard, le 18 juillet.

Aujourd’hui tiré d’affaire sur le plan géographique mais toujours traumatisé, le jeune militant estime qu’un retour sur le sol guinéen l’exposerait à une mort quasi certaine ou à de nouvelles tortures. C’est la raison pour laquelle il demande formellement l’asile et la protection du gouvernement canadien.
Par Kaba Diakité | Fatalainfos.com









