Parmi les mesures d’urgence en vigueur dans le pays suite au Coronavirus, figure la fermeture des lieux de culte et les mosquées dans certaines villes. Ce qui n’est pas sans conséquences sur le quotidien de la population. Chez les imams et muezzins par exemple, c’est le calvaire actuellement pour beaucoup d’entre eux.
Mohamed Camara est l’un des imams de la mosquée « Fofana »,située dans le quartier Kondebounyi, commune de Matoto. Sans surprise, il plaide pour la réouverture des mosquées. « Car certains fidèles aiment prier en groupe et d’autres ne savent pas prier seuls. Ils seront nombreux aussi les non-pratiquants. En Guinée, les scolarisés en français sont plus nombreux que ceux en arabe (coran)», se justifie-t-il.
A la question de savoir si le secrétariat général de la ligue islamique est venu en aide aux imams depuis le début de la crise sanitaire, il répond : «Absolument non, aucune mesure d’accompagnement venant de la ligue islamique ».
Contrairement à plusieurs autres imams, le religieux précise que sa vie dépend pas des dons.« Bon nombre de personnes pensent que les imams dépendent de sacrifices de nos fidèles. Que l’imam qui ne viendrait pas à la mosquée ne subviendrait aux besoins de sa famille. C’est catégoriquement faux et faux. Dieu dit, tout individu, a une place dans cette vie. C’est pourquoi les imams sont toujours en place, c’est un devoir divin. C’est vrai que les imams souffrent financièrement mais d’autres sont fonctionnaires au compte du ministère de de l’enseignement pré-universitaire, des commerçants, des ouvriers, des cultivateurs pour subvenir aux besoins de leur familles. Moi qui vous parle, j’ai sous mon toit 34 personnes. Nous consommons 4 ou 5 sacs de riz par moi et c’est 150.000GNF que je donne à ma femme pour la dépense, Donc si je dépendais des sacrifices, je ne pourrais subvenir à ces besoins. L’imam doit être indépendant économiquement au cas où il serait préférable de dire la vérité, peu importe à qui et ça peut être le président, un riche ou un pauvre. Sa neutralité aura un sens », se défend largement Mohamed Camara.
Concernant la gestion de tout ce qui est don ou aumône, l’interlocuteur explique comment ça se fait dans sa mosquée : «Depuis belle lurette, nous collectons de l’argent et nous avons un doyen qui garde la somme collectée. En cas de problème ou social, nous prenons un peu afin d’aider la personne nécessiteuse. Ça peut être un imam, un muezzin ou un conseiller, des mendiants aussi viennent souvent ».
Pour terminer, il lance un appel à l’Etat: «Je demande à nos autorités d’aider les imams et les autres administrateurs afin de nous trouver du travail, nous subventionner dans nos activités comme le font d’autres pays voisins pour le premier imam jusqu’au 5ème ».
Notre second interlocuteur est un muezzin. Sous l’anonymat, lui aussi affirme qu’il ne vit pas de la gentillesse d’autrui.« Je suis muezzin mais aussi mécanicien en automobile. Je vis impérativement et je dépends de ma sueur. Je gagne ma vie dans la dignité absolue. Les mosquées sont fermées depuis plus de trois (3) mois et si je dépendais des dons comme les gens le disent, comment je parviendrais à aider ma famille ? La mosquée, la prière sont devenues une sorte d’affection chez moi. Il y a parmi nous les commerçants, des ouvriers et des enseignants », indique-t-il.
Abdoulaye Fofana pour Fatalainfos









