Ce récit poignant illustre une fois de plus les difficultés rencontrées par les migrants clandestins. De retour à Conakry il y a un mois, un jeune, qui rêvait de rejoindre l’Europe, brise le silence. Il confie ne plus se souvenir du nombre de fois où il a dû boire sa propre urine.
Avant de quitter Conakry, Ousmane Diallo travaillait comme comptable dans un magasin à Madina. Il était devenu le bras droit de son patron, à tel point que ce dernier lui avait confié la responsabilité de déposer d’importantes sommes d’argent à la banque.
Un jour, alors qu’il partait pour un nouveau dépôt d’argent, il a brusquement changé de destination et coupé tout contact avec son patron. Quelques heures plus tard, il a pris la direction de Bamako.
« Ce jour-là, mon patron m’a donné 35 millions et m’a dit de les déposer à la banque. En chemin, j’ai décidé de voler l’argent. J’avais 10 millions chez moi. Je suis allé chercher cette somme, je l’ai ajoutée aux 35 millions, j’ai pris mon sac et j’ai embarqué pour Bamako », raconte le jeune migrant.
Ousmane Diallo ne savait pas que voyager avec une grosse somme d’argent était une mauvaise idée. Deux jours après son arrivée à Bamako, son passeur l’a amené en Algérie. Selon lui, quelques kilomètres seulement après avoir franchi la frontière entre le Mali et l’Algérie, le véhicule à bord duquel il était est tombé sur un point de contrôle.
« Je n’ai eu aucun problème à la frontière. Nous étions cachés dans le véhicule, avec la complicité des agents de service ce jour-là. Mais une dizaine de kilomètres plus loin, nous sommes tombés sur un groupe d’hommes en uniforme militaire. Ils ont arrêté le véhicule, l’ont fouillé et nous ont vus. Ils m’ont dépouillé de tout ce que je possédais, me laissant nu. Tous les autres passagers ont subi le même sort. Avant de partir, ils ont tiré sur le moteur, immobilisant le véhicule et rendant toute réparation immédiate impossible », a-t-il expliqué.
Nu et dépouillé, Ousmane Diallo a commencé à marcher à travers le désert sans destination précise. Selon lui, les heures et les jours qui ont suivi ont été un véritable calvaire.
« J’avais tellement soif que j’ai bu mon urine. Je l’ai fait pour survivre. Ma gorge était tellement sèche que je ne pouvais même plus aucune goute de crachat dans ma gorge. On buvait notre propre urine », a-t-il témoigné.
Le jeune migrant est plein de regrets actuellement. D’un côté, pour avoir jeté en l’air la confiance qui le liait à son patron, et de l’autre, l’échec de son aventure.
Lui qui rêvait autrefois de vivre dans un pays occidental, n’envisage plus du tout de tenter la Méditerranée. Bien au contraire, il le déconseille fortement, le qualifiant de suicide et d’enfer sur terre.
Oury Maci Bah pour Fatalainfos.com.









