Tribune : Une élection sans peuple, un référendum sans vérité (Mohamed Lamine Touré)

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Ce Dimanche 21 septembre 2025, les Guinéens étaient appelés à se prononcer sur un projet de Constitution, censé ouvrir une nouvelle ère politique. Mais la réalité est que ce scrutin restera comme un chef-d’œuvre de manipulation électorale : une élection sans peuple, un référendum sans vérité.

La Direction Générale des Élections (DGE) parle de 91,4 % de participation. Mais qui peut croire à ce miracle statistique quand les images et les témoignages montrent des bureaux vides, des files d’attente inexistantes et un désintérêt massif de la population ? Loin de la fiction officielle, les observateurs indépendants décrivent une abstention record, une démobilisation sans précédent.

Dans plusieurs quartiers de Conakry comme dans de nombreuses préfectures de l’intérieur, les urnes sont restées presque désertes. Pourtant, au moment du dépouillement, elles se sont miraculeusement remplies. De nombreux témoignages pointent des bourrages, des procès-verbaux falsifiés et une compilation opaque des résultats. Même certaines structures de la société civile, pourtant restées prudentes jusque-là, n’ont pas hésité à qualifier ce scrutin de « mascarade organisée ».

Mais l’incohérence la plus grave se trouve dans les chiffres publiés par la DGE elle-même. Selon l’institution, le nombre de votants (partiel, sur 91 % des bureaux de vote dépouillés, soit 200 communes sur 375) serait de 4 825 292. Or, si l’on additionne les voix obtenues par le OUI, le NON et les bulletins nuls uniquement dans les 8 régions administratives, on obtient 4 932 015 votants. Un écart abyssal de 106 723 voix par rapport au total officiel. Et ce chiffre ne prend même pas en compte les résultats partiels de l’étranger, pourtant inclus dans les données de la DGE.

Après calcul au niveau national :

  • Nombre de votants réels : 4 932 015 (et non 4 825 292)
  • OUI : 4 336 321 (et non 4 319 466)
  • NON : 443 029 (et non 450 438)

Alors, qu’est-ce qui n’a pas marché ? Une erreur de compilation ? Un problème de transmission des résultats ? Ou, plus probablement, une manipulation délibérée ? Dans tous les cas, cette contradiction interne suffit à faire voler en éclats le vernis de légitimité que les autorités veulent imposer.

Car il ne s’agit pas seulement de chiffres truqués : il s’agit d’une confiscation de la souveraineté populaire. On a préféré fabriquer le consentement au lieu de l’obtenir, imposer une victoire fictive au lieu de chercher une adhésion réelle.

En muselant l’opposition, en réduisant la société civile au silence et en écartant tout regard international crédible, les organisateurs ont pris le risque de transformer ce référendum en bombe à retardement. Car un peuple qu’on exclut de son destin finit toujours par reprendre la parole, tôt ou tard, dans la rue s’il le faut.

Ce scrutin n’est pas un triomphe de la démocratie : c’est son simulacre. On ne bâtit pas une nation sur des urnes bourrées et des chiffres mensongers. La Guinée mérite mieux que ce théâtre électoral : elle mérite la vérité, la transparence et le respect de la volonté populaire.

Mohamed Lamine Touré

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